
Une lecture très intéressante à beaucoup de points de vue. Je dois reconnaître qu’elle a vraiment essayé de faire le tour de la question, elle a bien recherché et elle a fait un travail vraiment énorme, chapeau sur ce plan, pas de doute la-dessus, en plus le dialogue copain, la façon de nous parler comme à de vieux amis ne manque pas de charme, le livre se lit bien et je suppose que sur ce point il a atteint son but.
Malheureusement il y a un mais. On voit vite, trop vite, qu’elle ne s’est pas beaucoup souciée de ce genre de questions pendant les dernières décennies. Moi, je ne m’attendais pas vraiment à un miracle bien sûr. Mais je suis quand même sidéré qu’une personne de ce niveau culturel, avec une telle formation et une telle biographie, issue d’une famille intellectuelle comme la sienne, soit à ce point désinformée et naive quand aux problèmes liés à l’écologie, à l’agriculture, à l’évolution économique et sociale mondiale. On se demande quand même où elle a vécu ces trente, quarante dernières années.
Plus j’y réfléchis et plus j’ai peur de connaître la véritable réponse. Elle fait beaucoup de bruit, pour dire que vraiment il commence à être temps d’agir, de se réveiller pour passer à l’action… En vérité, aucun des problèmes abordés n’est nouveau pour moi. Oh bien sûr je n’aurais pas pu citer des chiffres aussi exacts ou la dernière étude sur les sujets traités en détail. Mais sur le principe, il n’y a rien de nouveau, au contraire, malheureusement.
Moi, par exemple, qui ne suis qu’un petit ver sans importance, issu d’une famille d’instituteurs de campagne, j’ai travaillé au sein d’un petit groupe d’activistes d’extrême-gauche au milieu des années 1980 sur le thème de l’agrobusiness mondial et des problèmes structurels liés à la production massive et intensive du soja dans des pays pauvres, comme nourriture du bétail des pays riches, au détriment des cultures vivrières locales. Déjà à l’époque on a déboisé des milliers d’hectares en forêt amazonienne au Brésil pour que les riches bouffent leurs 80 kg de viande par personne et par an pas cher. La situation a plutôt empiré c’est vrai, (sauf que la consommation par personne a légèrement baissé en Allemagne, entre autres à cause des scandales de la vache folle). Mais elle n’est pas nouvelle, loin de là.
En plus elle se plaint de ne pas avoir été informée! Eh bien moi je dis qu’elle n’était pas au courant de tous ces scandales pour une raison très simple: elle avait d’autres chats a fouetter, ou, plus méchamment, elle s’en foutait. Elle en donne la meilleure preuve en publiant le résultat de ses recherches qui, a en juger par les sources citées, ne sont ni cachées, ni privées, ni occultes. Elles sont accessibles à chacun qui se donne la peine de chercher et qui dispose des moyens de les trouver et de les comprendre. Aujourd’hui c’est beaucoup plus facile en plus, quand on veut.
Et puis la morale de l’histoire me gêne énormément. Faire appel aux politiciens pour les prier de proposer les réformes nécessaires? On peut toujours essayer. Quelque politicien qu’il soit faisant les propositions décrites signerait son arrêt de mort, pas de doute là dessus! Un des problèmes actuels justement, c’est que les politiciens n’ont plus qu’un pouvoir ridicule, en Europe tout du moins. Même si Trump a une grande gueule, je doute qu’il ose s’affronter sérieusement aux GAFA par exemple.
Le comble, c’est qu’elle nous demande, aux gens, de faire du tamtam sur le réseau. Là encore, je me demande où elle vit. Les GAFA transmettront toutes ces nouvelles aussi longtemps qu’ils gagneront du fric avec ça. Elle peut toujours demander poliment à Monsieur Google d’arrêter son Cloud qui consomme des quantités gigantesques d’énergie par exemple, juste pour voir…
Je rappelle qu’ils font des projets actuellement pour créer une monnaie propre. Une monnaie! Et l’autre prépare la conquête de l’espace! Alors le climat, hein, ça doit pas le brancher des masses.
Non décidément je suis très déçu. Il lui manque tout à fait l’analyse politique et économique. Tous les problèmes évoqués ont un dénominateur commun dont elle ne parle pas: Qu’il s’agisse d’élevage, d’agriculture, de plastique, de déchets, de longévité des appareils électroniques, de transports en commun, de bagnoles…. Les entreprises se décident toujours pour la solution qui apporte le profit maximal, c’est pas compliqué et tout notre système repose la-dessus. En plus, ce dont elle ne parle pas du tout, c’est que les conséquences et la responsabilité du changement climatiques sont extrêmement mal partagées: les pays riches, qui sont en grande partie seuls responsables, ne sont jusqu’à présent peu touchés et quand ils le sont, les victimes ont des compensations, que ce soient les paysans, les habitants de régions inondées etc. En Afrique et en Inde, ils n’ont que leurs yeux pour pleurer. Et quand ils viennent demander asile on leur répond qu’ils n’en veulent qu’a notre argent, ce qui est leur bon droit je trouve, nous vivons à leurs crochets depuis assez longtemps. Imagine un politicien européen qui propage une telle idée! Du suicide politique! Même la gauche n’oserait pas!
Et pas seulement pour les riches! Les retraites britanniques par exemple, sont financées au privé sur la base de fonds d’investissement. Plus le rendement est élevé, plus la retraite sera conséquente, même si l’emploi de la personne concernée versant dans le fonds doit être supprimé pour augmenter le profit! Donc même les pauvres ont intérêt aux profits maximums. Super le système quand même, non?